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Du G120 au G20 - Interview d’Athanase A. Akpoe, président du Groupement des exploitants agricoles (GEA) du Bénin


 

Président du Groupement des exploitants agricoles (GEA) du Bénin et Secrétaire général de la Plateforme nationale des Organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin (PNOPPA), Athanase A. Akpoe a participé au G120 de Paris. Il défend le droit des pays en développement à la souveraineté alimentaire au même titre que l’Europe ou les Etats-Unis.

  

 -  Quelles mesures sont à engager pour lutter contre la volatilité des prix des produits ? Au niveau international, dans les pays en développement ?

Athanase A. Akpoe : Je vois plusieurs aspects caractérisant la volatilité sur les marchés agricoles mondiaux. Il y a d’abord celui du prix du produit. Si le coût des intrants augmente, le prix du produit final va augmenter. Le pétrole est plus cher et il entre dans la fabrication des engrais pour l’agriculture, générant une hausse du prix du produit final. La hausse de la facture énergétique se répercute sur toute la chaîne de production. On ne peut donc pas dire au producteur : « Tu dois vendre ton produit à tel prix », alors que le coût des facteurs extérieurs de production a augmenté. Généralement, quand il y a une crise alimentaire dans un pays du Sud, l’Etat propose aux producteurs de plafonner le prix de production afin de nourrir les populations et éviter des troubles sociaux qui ne sont pas bons pour le pouvoir. Mais comment traiter cette question et assurer dans le même temps un juste prix aux producteurs ? Nous devons y répondre en ayant des règles commerciales équitables et justes qui s’appliquent partout dans le monde.

Car l’autre élément de la volatilité des marchés est le marché lui-même. Il faut revoir les règles du marché puisque l’agriculteur du Sud ne profite pas du système de commercialisation mondial. Résultat, il n’y a pas eu d’investissements conséquents dans l’agriculture au Sud depuis 30 ans et l’agriculture meurt. Moi, agriculteur du Bénin, producteur de maïs, ai-je les mêmes droits que le producteur de maïs américain qui bénéficie de subventions, sachant que ces deux maïs vont aller sur le même marché ? Quelle chance mon maïs a-t-il de me faire vivre face à ce maïs qui vient des Etats-Unis, du Japon, de l’Inde et qui est fortement subventionné ? Nous, producteurs du Bénin, n’avons pas le droit d’être subventionnés par nos pouvoirs publics, eux oui.

Enfin, un autre élément produisant de la volatilité sur les marchés est le changement climatique lui-même. Le Bénin a connu par exemple une hauteur d’eau de 3 m dans certaines régions en 2010, une majorité de communes ont été inondées et les récoltes ont été détruites. Quand des pénuries surviennent en raison d’aléas climatiques, la demande alimentaire restant forte, le prix des produits flambe.

 

-  Comment innover pour permettre aux pays en développement d’atteindre une plus grande souveraineté alimentaire ?

Athanase A. Akpoe : La problématique de la volatilité des prix se pose en termes de système, de justice et d’équité. Nous devons trouver un système de gestion de l’offre et de la demande en produits agricoles qui permette aux petits comme aux gros producteurs de vivre de leur production.

Cela pose aussi un problème de justice : quelle politique mettre en œuvre pour que le petit producteur africain puisse vivre de sa production au même titre que les producteurs du Nord ? C’est le problème aussi d’une politique adaptée, à mettre en place au niveau international pour traiter la question de la volatilité. Quels règlements faut-il ? Les règlements actuels de l’OMC permettent-ils aujourd’hui aux petits producteurs d’être présents sur les marchés ? Non !

En Afrique de l’Ouest où le tarif extérieur commun (le TEC de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, ndlr) est le plus bas au monde, nous avons besoin de protections douanières. Le niveau du TEC européen est, lui, très élevé. Dans l’idée de la souveraineté alimentaire, nous devons protéger notre territoire national car les produits de l’UE inondent notre marché. Pourquoi le producteur d’ananas du Bénin n’a pas le droit d’envoyer ses produits sur le marché de Rungis, à Paris ? Parce que les règles actuelles de l’UE sur le commerce des fruits et légumes limitent énormément la présence des pays du Sud en Europe. Mais pourquoi, alors, les pays européens peuvent envoyer aussi facilement leurs pommes sur le marché béninois ? On est bien ici devant un problème d’équité et de justice. Nous devons innover, sortir des sentiers battus qui ne nous ont pas permis de nourrir le monde. Car la mission fondamentale de l’agriculture est de nourrir les peuples.

C’est pourquoi nous disons que l’agriculture est une arme stratégique au même titre que le pétrole. Le pétrole bénéficie de clauses particulières en matière de commerce, l’agriculture doit donc en bénéficier aussi. On ne peut pas faire le commerce des produits agricoles vivriers tels que le maïs comme on fait le commerce d’automobiles ! Il faut sortir l’agriculture des règles du commerce international telles que mises en place par l’OMC, afin que la problématique de la souveraineté alimentaire des Etats puisse être réglée autrement. Lorsque vous êtes producteur de riz au Sud et que du riz japonais arrive dans votre pays sous forme de dons, sous couvert d’aide alimentaire, c’est toute votre année de production de riz qui est perdue. Comment gérer autrement les choses ?

Il faut revisiter les règlements internationaux en matière de commerce. Ils doivent autant prendre en compte les petits producteurs agricoles et l’agriculture familiale que les gros producteurs, à savoir les multinationales. Ils doivent nous donner, petits producteurs du Bénin, le droit de nourrir notre peuple au même titre que la France. C’est ce que vous appelez la souveraineté alimentaire qui est différente de la sécurité alimentaire. Cette dernière consiste à s’assurer également, mais par le moyen d’une large part d’importations s’il le faut, des approvisionnements suffisants en nourriture.

  

- Quel message sont venus adresser lors de ce G120 les agriculteurs africains aux paysans du Nord ?

Athanase A. Akpoe : Nous remercions la FNSEA pour nous avoir permis de prendre la parole avant la réunion du G20 agricole (des 22 et 23 juin 2011, ndlr) et la Conférence des chefs d’Etat du G20 de novembre à Cannes. Le message que nous adressons à la FNSEA et aux agriculteurs des pays développés est un message de solidarité. Nous devons développer la solidarité d’agriculteur à agriculteur car nous vivons les mêmes réalités.

Au cœur de notre déclaration commune à l’issue du G120, il est demandé aux chefs d’Etat et de gouvernement du G20 de prendre des mesures hardies en termes d’investissements dans le secteur agricole au Sud. Dans le cas contraire, il n’y aura plus d’agriculteurs.

Il est indispensable aussi de revoir les politiques et les règlements qui régissent l’agriculture au niveau mondial. Et les chefs d’Etat et de gouvernement du G20 doivent porter ce message à tous les autres chefs d’Etat. Le discours de Nicolas Sarkozy (en ouverture du G120, le 16 juin, ndlr) a été un très bon discours mais nous attendons désormais des résultats concrets de la part du G20.